Rencontres utilisateurs Qgis 2018...

Cette année encore, j'étais présent aux rencontres utilisateurs de QGIS à Montpellier, organisées en partenariat par Montpellier Supagro et l'OSGeo-fr.

Cet article détaille ce que j'ai retenu d'important de ces deux jours riches en rencontres et en échanges. Ce point de vue ne reflète donc que mon avis personnel, il est par conséquent complètement partial 😀

Les comptes rendus officiels ainsi que les présentations et interventions filmées sont disponibles directement sur le site de l’événement : http://conf.qgis.osgeo.fr/

Le programme suivait le principe de celui de 2017, avec une première journée de Barcamp et d'ateliers et une seconde journée dédiée aux conférences. Petite nouveauté, l'après midi du Barcamp était dédié à la découverte de différents moyens de contribuer au projet Qgis, via la traduction, la documentation ou encore la gestion de tickets.

Jour 1 - barcamp et ateliers communautaires

Parmi les sujets auxquels j'ai pu participer, en vrac :

La gestion de la dimension du temps dans Qgis

Cette fonctionnalité correspond à la possibilité de gérer, visualiser et requêter des données intégrant la dimension temporelle dans QGIS. Utile notamment pour visualiser des données météorologiques, des trajectoires, l'évolution du bâti ou de l'occupation des sols, cette fonctionnalité est déjà rendue possible par le Plugin Time Manager, qui fonctionne bien mais peut souffrir de problèmes de performance pour les jeux de données massifs. Le plugin Crayfish permet également de visualiser des données météorologique, en encore des résultats de simulations hydrauliques en fonction du temps.

LutraConsulting annonçait d'ailleurs récemment l'ajout de capacités de calcul au sein d'un maillage, y compris selon la dimension temporelle !

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En revanche, QGIS ne permet pas, à l'heure actuelle, de prendre en compte la dimension T dans les flux WMS-T. Cette fonctionnalité permettrait par exemple l'interrogation directe des flux WMS disponibles en accès libre pour les prévisions météorologiques de Météo France, avec l'accès direct aux pas de temps de la prévision.

L'intégration plus poussée de cette dimension fait l'objet de deux QGIS Enhancement Proposal (QEP), l'une d'elle visant à intégrer le support du temps dans le cœur même du logiciel, avec à la clef des possibilités étendues sur le volet des analyses temporelles. Affaire à suivre donc...

La boite à outils Processing et le modeleur graphique

Le processing (boite de traitement) a fait l'objet d'une refonte assez importante lors du passage des versions 2.xx à 3.xx, gonflant les performances et les possibilités, au détriment en revanche de la compatibilité : les modèles de traitement construits sur la génération 2.xx n'étant pas compatibles avec la génération 3.xx de QGIS.

La possibilité de développer un outil de traduction des modèles 2.xx vers 3.xx a été évoquée, c'est un projet qui pourrait par exemple faire l'objet d'un financement par une ou plusieurs entités pour qui la transition opérée est problématique..

Parmis les points que j'ai relevé concernant le processing :

  • la réalisation des traitements en arrière plan : ceux-ci ne mobilisent plus l'interface de QGIS.
  • l'arrivée de l'accélération matérielle OPENCL sur certains traitements, pour tirer partie de la puissance des cartes graphiques utilisées habituelle pour miner des cryptomonnaies propulser des jeux vidéos.
  • l'astuce du jour : pour construire des scripts complexes, il est possible de récupérer les commandes d'un modeleur exécuté manuellement, via le log, un peu comme on construisait des macros en VBA sous Excel en enregistrant d'abord les commandes que l'on voulait exploiter. C'était le bon temps...
CAO/DAO et SIG

Les collectivités utilisant de plus en plus QGIS, notamment pour la gestion de leurs réseaux divers, il existe par conséquent de fortes attentes pour des fonctionnalités complètes de digitalisation de type DAO/CAO au sein de QGIS, pour une convergence de deux outils jusqu'alors séparés : le SIG et la DAO.

Selon le retour d'utilisateurs, ces opérations de digitalisation nécessitent encore beaucoup de finitions manuelles, cependant de nombreux outils existent d'ores et déjà pour digitaliser précisément sur QGIS, notamment l'outil de digitalisation avancée :

digit

Des initiatives sont d'ailleurs en cours, notamment du coté de la société Oslandia pour compléter ces outils avec de nouvelles fonctionnalités de dessin (prolonger, tronquer les segments, etc...), la société évoque d'ailleurs des améliorations possibles de l'outil, qui n'attendent qu'un financement... Il pourrait également être intéressant de s'inspirer des outils d'édition d'Openstreetmap, tel JOSM, qui propose des fonctionnalités de digitalisation avancées.

Graphiques et DATAVIZ dans QGIS

Un peu comme l'anecdote de Niels Bohr et des multiples façons de mesure la hauteur d'un immeuble avec un baromètre (qui serait une légende urbaine, dommage), il existe plus d'une façon de faire des graphiques et des visualisations dans QGIS.

On peut évoquer notamment l'excellent plugin Dataplotly, qui apporte la puissance de visualisation de la bibliothèque javascript D3 à la visualisation de Qgis.

graph

On peut aussi aller vers des solutions complètes d'analyses, de visualisations de l'écosystème python comme Pandas, Jupyter, etc...

Enfin, on peut utiliser les fonctions graphiques au cœur de Qgis pour générer des visualisations, par le biais du générateur de géométrie ou encore en utilisant le canevas de carte et des géométries pour produire les visualisations...

Pour le Web, on peut noter que Lizmap permet d'insérer des visualisations D3 interactives.

Contribution

La contribution était au cœur des ateliers de l'après midi, avec 3 thématiques abordées :

  • la traduction de l'interface, de la documentation, du site web;
  • la rédaction et le maintien à jour de la documentation
  • le maintien de la base des tickets de bugs et de propositions d'améliorations (issues & feature requests)

L'OSGEO-FR a souligné l'importance de ces contributions et la nécessaire participation de la communauté afin que l'effort ne soit pas porté que par une minorité de développeurs/testeurs/rédacteurs.

Jour 2 - conférence

Sans entrer dans le détail de chaque intervention, qui peut être retrouvé sur le site de l’événement, voici les quelques thématiques qui sont ressorties :

Contribution et financement

L'exemple du groupe utilisateur Suisse QGIS.ch montre qu'en se regroupant au sein d'une association, les collectivités notamment on pu financer le développement de fonctionnalités avancées de QGIS et des plugins métier remplaçant des solutions propriétaires (telles que QGEP ou QWAT), développements dont toute la communauté d'utilisateurs QGIS peut bénéficier. Ce point du financement est crucial pour la pérennité de tout projet opensource.

Derrière l'ensemble des développements de QGIS et des autres outils de l'écosystème, il y a en définitive un nombre relativement réduit de core développeurs, contributeurs, mainteneurs de la base issues, etc... Ces contributeurs consacrent un temps important à toutes les tâches de maintien et d'évolution de QGIS et de son écosystème, il parait donc logique qu'ils soient rémunérés d'une manière ou d'une autre pour ce travail. Certains parviennent à financer leur travail via des campagnes de Crowdfunding, ou l'intégration des développements dans des prestations plus larges, ou encore en budget interne recherche et développement. Dans la majorité des cas cependant, les développements réalisés sont disproportionnés, en terme de valeur apportée, par rapport aux financements qui ont été rassemblés, et les développeurs donnent de leur temps pour faire vivre le projet.

M. Douchin (3Liz), évoque ce problème de financements dans sa présentation : missionnée initialement pour développer le plugin Cadastre permettant de traiter les données cadastrales aux formats Edigéo/Majic, la société n'est pas missionnée pour en assurer le maintien sur le (très) long terme, malgré un nombre grandissant d'utilisateurs se reposant sur cet outil depuis son développement. Comment alors assurer le maintien de ces fonctionnalités clefs pour de nombreux utilisateurs, et éviter qu'un seul développeur, qu'une seule société porte seul(e) un logiciel libre, et assume les demandes de support, les corrections de bugs, les évolutions et mises à jour nécessaires.

Ce problème illustre bien la nécessité de fédérer les utilisateurs et de mettre en place une structure capable de collecter des financements, pour rémunérer à juste titre les contributions clefs sur lesquelles reposent la productivité d'un nombre grandissant d'utilisateurs. L'objectif affiché durant ces deux jours est justement de faire émerger une structure associative permettant, à la manière du groupe utilisateur Suisse, aux personnes morales d'adhérer, afin notamment de collecter des fonds afin de financer le maintien (et notamment les tâches de fond : relecture de code, encadrement du projet) ainsi que l'évolution du projet.

Évolution du métier de géomaticien

La présentation de la transition vers QGIS au sein du bureau d'études Antéa a parfaitement résonné avec mes propres observations du secteur : la disponibilité d'outils libres (et gratuits) comme QGIS permet de largement démocratiser l'usage du SIG au sein des bureaux d'études. Les ingénieurs gagnent en compétence et en autonomie; le rôle des géomaticiens doit évoluer en même temps :  là où ils préparaient données et cartes pour les ingénieurs, ils assurent maintenant des fonctions plus support que production, en assurant la veille technique, le déploiement des logiciels, le maintien des bases centralisant leurs données ainsi que les référentiels, préparent et animent les formations pour s'assurer que les bonnes pratiques sont bien intégrées. Les compétences nécessaires évoluent en parallèle : gestion de base de données, capacités de développement informatique, pédagogie et capacité de veille technique semblent désormais indispensables à la panoplie du géomaticien.

POSTGIS, postgis & postgis

La thématique était largement abordée en 2017, elle est encore plus prégnante aux rencontres 2018 : Postgresql/Postgis s'impose dans les utilisations métier. Le couple QGIS/Postgis était au cœur de 3 présentations, on y parlait à chaque fois d'applications métier complexes :

  • Gestion du versionnemment, de cycles de validation pour assurer la traçabilité des décisions dans le cadre de la mise à jour du PLUi de Grenoble Alpes Métropole.
  • Applications de gestion de l'eau potable (QWAT) ou des réseaux d'eaux usées/eaux pluviales (QGEP) basées sur le couple QGIS/Postgis par Oslandia.
  • Migration vers QGIS/Postgis d'un syndicat d’électricité pour Azimuth.

Conclusion

Chaque édition des rencontres utilisateurs QGIS fait l'effet d'un accélérateur de particules : on ressort de là avec un tas de nouvelles idées à expérimenter et de possibilités à explorer, enrichi par les ateliers, les conférences et les rencontres avec d'autres utilisateurs. Résolution pour 2019 --> mettre cette énergie gagnée dans la contribution au projet 🙂

Merci aux organisateurs, et rdv l'an prochain 🙂

 Image d'intro : LHC CERN - Julian Herzog - CC BY-SA 3.0

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